Escalade en Dauphiné - France

Denis Benoit

Portrait de Denis Benoit
mardi 9 septembre 2025 par Dominique Duhaut

« La Résistance », « Parfum d’Opale », « Le pilier des Coccinelles » et « La Belle histoire » sont quelques-unes des voies, parmi les sept ouvertes par Denis Benoit à la Pelle dans le massif des Trois Becs.
Denis est né en 1961 à Crest.
C’est dans sa vallée natale de la Drôme qu’il commence vers la vingtaine à grimper au rocher de la Graville à Saou avec quelques copains.
Mais c’est durant son service militaire dans les chasseurs alpins à la SR (section de renseignements) de Bourg Saint-Maurice que le virus va prendre. Il se rappelle ses premières ascensions à la Pierra Menta avec des sacs bien lourds.
Jean-Marc Belle, figure bien connue pour ses voies sur les différentes parois de Saou, sera son mentor pour l’équipement. Denis fera ses premières armes sur l’Aiguille de la Tour à Saou.
Il souhaite passer de l’équipement aux ouvertures.
« J’ai eu envie d’aller voir plus haut et dépasser les premières longueurs. De faire ainsi des ouvertures qui apporteraient un enrichissement personnel très fort ». En 1988, il fera ses premières ouvertures, toujours à l’aiguille de la Tour.
Mais très rapidement, son regard se porte sur les parois des Trois Becs qui l’attirent quand il passe à Saillants.
Bien sûr, il a fait la classique voie des « Parisiens ». Mais il pense qu’il y a « d’autres lignes à ouvrir, pour voir ce qu’on est capable de faire en se mesurant à la verticalité ».
Au printemps 91, avec l’aide de Pascal Moreau, il attaque depuis le bas une ligne qu’il a repérée à droite de « L’Opium du peuple », ouverte en 84 par la cordée Carles-Petiot. Ce sera « Parfum d’Opale ».
Aujourd’hui encore, elle fait partie des plus belles voies de la paroi. L’escalade est typique du secteur sur des dalles à silex. Cela demande de la concentration, car l’équipement est aéré et la recherche de l’itinéraire pas toujours évidente.
Comme l’explique Denis, « Au début, l’équipement se faisait à l’aide de pitons, marteau et tamponnoir. C’était long et, du coup, on économisait les chevilles ».
Suivront le « Pilier des Coccinelles » en 92 et les « Fruits du soleil » en 93.
On imagine que Denis a trouvé là un terrain sur lequel il peut s’exprimer. Les difficultés vont aller crescendo avec des passages obligatoires de plus en plus durs.
Au fil du temps, ses ouvertures vont avoir une réputation de voies engagées. Mais il se défend d’avoir volontairement donné ce caractère. « Je préfère un équipement léger. On ressent mieux l’escalade. Ce n’est pas que de la gymnastique. Il y a un côté mental très important pour moi ».
Il explique aussi que dans ces dalles, il faut avancer jusqu’à trouver une position de « repos », poser un piton ou un crochet à goutte d’eau, percer au plus vite un trou en priant que tout cet arsenal tienne, enfoncer un goujon et se « vacher » dessus pour, enfin, pouvoir « respirer ».
Voilà ce qu’il retient de ses ouvertures : « L’ouverture implique parfois de se mettre en danger. Mais tu t’en sors en gérant l’environnement rocheux, ainsi que tes émotions ».
Denis a quelques anecdotes de ses nombreuses journées passées à la Pelle. Une fois, à l’ouverture du « Pilier des Coccinelles », arrivé au pied de la voie, il constate qu’il a oublié ses chaussons. Ni une ni deux, il fait un aller/retour jusqu’à Aouste pour les récupérer et remonte en courant retrouver son camarade pour faire leur journée d’ouverture. On peut facilement imaginer son état de fatigue en fin de journée.
À force de fréquenter cette paroi, il avait repéré des cordes sur la partie droite. C’était une tentative d’ouverture par la cordée Carles-Petiot, malheureusement avortée après la disparition de François Petiot dans un accident de deltaplane en 90.
Cette partie de la face est surplombante, on imagine aisément que l’escalade va être difficile. Denis entraine M. Soulier pour reprendre cette ligne. Mais devant les difficultés, ce dernier déclare forfait et le projet s’arrête là.
C’est sans compter sur la motivation du jeune et talentueux grimpeur drômois Antoine Lapostolle qui propose à Denis d’aller la terminer ensemble, ce qui donnera naissance à la Belle histoire (7b+ max, 6c obligatoire), toujours ouverte du bas dans le plus pur style que Denis affectionne.
Aujourd’hui, Denis s’est éloigné des parois rocheuses. Il est le maire d’Aouste-sur-Sye depuis 2014 et a été élu président de la Communauté de Communes du Crestois et du Pays de Saillans (3CPS) en 2020.
Au moment où la FFME abandonne l’escalade en sites naturels après la dénonciation unilatérale des conventions, il est intéressant d’avoir l’avis d’un politique qui, en plus, connaît très bien le monde de l’escalade.
Pour Denis, la problématique est nationale. Il estime que la FFME « ne joue pas le jeu ». Il faudrait que le ministère des Sports s’approprie ce problème d’accès aux sites naturels pour garantir une équité sur le territoire français. Vaste problème qui risque de prendre du temps.

Ne faudrait-il pas essayer déjà de régler les problèmes localement ? Pour Denis, « le risque est un bricolage chacun dans son coin. Ce n’est pas comme ça qu’on définit une politique ».
Aujourd’hui, il ne grimpe plus. Il a cependant bon espoir de reprendre prochainement, d’autant qu’il va bientôt terminer sa carrière d’enseignant. Georges Livanos disait : « Quand on a chassé le tigre, le lapin, c’est petit petit ».
Ce n’est pas l’envie qui lui manque, mais comme il dit « Pour grimper, il faut avoir l’esprit libre. Plus tu es préoccupé par tes responsabilités, plus tu te mettras en danger ».

Denis a toujours ses chaussons. Peut-être le croiserez-vous prochainement sur un site drômois… si l’escalade y est toujours autorisée.

Dominique Duhaut (février 2023)


Denis est décédé le 31 août 2025. Malheureusement, la maladie ne lui aura pas permis de rechausser ses chaussons d’escalade.

Denis Benoit, avec Manu Ibarra, en février 2023.

Portfolio

La Belle Histoire - Ça sent la fin. La Belle Histoire - Le retour. La Belle Histoire à l'ouverture - Ça gaz ! 2013. La Belle Histoire à l'ouverture 2013. La Résistance - Répétition 1995. La Résistance à l'ouverture - 1995. Nomades Land à l'ouverture au tamponnoir 1990. Parfum d'opale à l'ouverture au perfo 1991. Pilier des Coccinelles à l'ouverture 1992. Pilier des Coccinelles à l'ouverture 1992. Vent de sable - Répétition 1989.
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