Escalade en Dauphiné - France

Bruno Fara

100 % mégalo
mardi 23 janvier 2007 par Jeanne Palay

Extraverti, provocateur, voire même agressif ou violent… autrefois ! La personnalité de Bruno Fara et son travail d’ouvreur sont parfois contestés. Et pourtant, il est celui qui a ouvert le plus de voies à Presles : soixante, et ce n’est pas fini ! Nombre de ses lignes sont d’ailleurs très fréquentées, preuve qu’il n’a pas que des détracteurs : Topomaniak, Fhara Kiri, La Mémoire des absents, Même pas peur, Thurifère solitaire…

Né en 1950 dans la banlieue lyonnaise, Bruno Fara découvre la montagne à l’armée. En 1972, il est repéré par le leader d’un club lyonnais, Jean-Marcel Chapuis, avec qui il forme une cordée pour longtemps. Les saisons se succèdent avec du ski de rando et de grandes courses alpines. “À cette époque, un grimpeur n’échappait pas à l’alpinisme, mais j’ai toujours été plus attiré par le Vercors et les voies en calcaire”. En 1973, il vient à Presles pour la première fois, pour répéter la voie des Chrysanthèmes. Pendant les dix années suivantes, la bande à Fara (aussi appelée les Lyonnais) multiplie les ouvertures à Presles. Jean-Marcel Chapuis, Daniel Lacroix, Patrick Decorps, Amine Sebahi et Georges Durand : ces bad boys grimpent la journée, picolent le soir, se bagarrent souvent et mettent les bars de la région à feu et à sang. Dans les cahiers de l’auberge de Presles, ils insultent la bande des Grenoblois (menée par Pascal Sombardier), et bien d’autres grimpeurs. “Nous nous sommes fait beaucoup d’ennemis à cette époque”, reconnaît Bruno Fara en riant.
Mais ces joyeux lurons se distinguent aussi par des choses plus positives. Alors qu’il était en général d’usage que le second récupère tous les pitons, ils laissent au contraire les leurs à demeure. “Je m’étais rendu compte que les voies laissées équipées étaient davantage répétées que les autres”. En 1980, autre nouveauté pour Presles : Fara et sa bande ouvrent une voie entièrement du haut, Piri. “En grimpant dans le Verdon, on s’est aperçu que les voies équipées du haut sont plus jolies, alors nous avons ramené cette idée à Presles”.
En 1984, Bruno Fara quitte Presles pour l’escalade libre à Buoux, Mouriès… Le style « tire-clou » ne l’enthousiasme plus et il désire taquiner le 8e degré. Il participe aux premières compétitions d’escalade, et équipe de nombreuses voies dans le sud de la France. Ses amis sont presque tous morts en montagne et Bruno a envie de tourner la page Presles.
Il n’y revient qu’en 1997 pour ouvrir La Mémoire des absents. Depuis, il redouble d’activité sur la falaise, avec des lignes de difficulté modérée à l’équipement volontairement rapproché. “Mes voies actuelles s’adressent à un public bon enfant, qui n’a pas envie de se faire peur. Sous des apparences de grand méchant, j’ai un côté généreux. Bien sûr, certains me critiquent, mais beaucoup de grimpeurs me remercient au contraire pour ce que je fais. C’est ce qui me motive pour continuer. On me reproche aussi de tailler et d’utiliser du Sika. Mais à Presles, le rocher est tellement médiocre, qu’il faut toujours nettoyer et arranger pour pouvoir grimper. Personnellement, je l’assume, contrairement à d’autres. Pour moi, le calcaire n’a rien de sacré, comme je l’ai souvent affirmé. Si on veut respecter le rocher, on n’y met pas de spits”.
À 55 ans, bientôt retraité de la fonction publique, Bruno Fara n’a rien perdu de son mordant. S’il joue moins souvent des poings, il a toujours le verbe haut et percutant pour défendre sa conception de l’équipement.


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