Escalade en Dauphiné - France
Le Bichon

Alain Rebreyend

lundi 17 janvier 2005 par Yves Ghesquiers

Sachez que votre plaisir de grimper, vous le devez bien souvent au travail et à la clairvoyance d’un ouvreur, équipeur, organisateur particulièrement actif, ces quinze dernières années, dans notre région.

Le Bichon (un peu d’humour)

Sachez que votre plaisir de grimper, vous le devez bien souvent au travail et à la clairvoyance d’un ouvreur, équipeur, organisteur particulièrement actif, ces quinze dernières années, dans notre région.
Alain REBREYEND, « Bichon » pour les familiers, naquit à St Laurent du Pont où sa mère exerçait le métier d’institutrice.
De sa Chartreuse natale, Alain héritera de deux choses : un incontestable accent dauphinois et la passion du ski. Premier bouleversement et il y en aura bien d’autres : le papa géomètre change d’orientation professionnelle et monte une entreprise de chaudronnerie à Grenoble. Alain, qui fréquente le collège puis le lycée Champollion, arrête ses études à l’adolescence et rentre dans la vie professionnelle en secondant son père. Parallèlement, il prépare plusieurs C.A.P. aux cours du soir. Il ira même se parfaire à Paris. Un avenir d’artisan qualifié puis de patron d’une P.M.E. semble la voie toute tracée.
Mais le personnage va décevoir les ambitions paternelles. D’abord le ski de compétition fait découvrir à Bichon d’autres horizons, ensuite vers l’âge de vingt ans, comme pour chacun à cette époque, c’est les « classes » au 6ème B.C.A. et donc vingt neuf mois de la vie d’Alain seront consacrés à la tristement célèbre pacification de l’Algérie. C’est à l’armée qu’il rencontrera les amis qui lui feront découvrir l’escalade. Au retour, il passera le diplôme de moniteur de ski.
Dès la bonne saison, il parcourt les classiques du Vercors et de la Chartreuse et attaque la montagne par la « Rebuffat » à l’Aiguille du Midi. Ouverte quelques années auparavant, la voie pas entièrement pitonnée va poser de gros problèmes à la cordée néophyte. Bichon, propulsé en tête de cordée par son compagnon, m’a confié qu’il se demandait encore, comment il avait pu s’en sortir ce jour là. Le virus a frappé. La passion de la montagne sera la plus forte et les ascensions s’enchaînent si bien qu’Alain obtiendra en 1966 le diplôme de guide en même temps que de célèbres personnages : Georges Nominé l’auteur des « Chrysanthèmes » et de solos très engagés , François Guillot grimpeur de pointe avant-gardiste (la Demande au Verdon), Jacques Kelle (Tête d’Aval), Jean-Claude Marmier et ses hivernales sous l’uniforme. Nous retrouvons Alain deux ans plus tard préparant avec Marc Giraud (l’actuel directeur technique d’Autrans) les pistes de fond pour les coureurs des jeux olympiques de Grenoble. Satisfait, le colonel Crespin, ministre des sports, lui demandera de créer de nouvelles zones nordiques dans les Savoies pour développer la pratique du ski de fond. La vie sera donc rythmée sur deux temps. De novembre à avril le ski, surtout le fond où il excelle (en style classique). Il entraînera l’équipe de France féminine durant plusieurs années.
De mai à octobre, c’est le parcours en tous sens de l’Alpe.
Grâce à Paul Beylier, truculent alpiniste cinéaste, il se lie d’amitié avec Gaston Rebuffat et entame une longue collaboration. Tantôt, il emmène les clients de Gaston, tantôt, il participe à la confection des célèbres films. Alain avouera presque vingt parcours de la face sud de la Meije : le perfectionnisme de Gaston semblait parfois pesant.
Alain a le feu sacré, outre les itinéraires de grande envergure effectués avec ses clients, il ouvre ses propres routes, dans les Dolomites avec Livanos, dans les préalpes du Vercors et de la Chartreuse.
Hiver 1972, il prévoit de partir avec Nominé ouvrir un éperon de la face nord de L’Aiguille du Midi. Un contretemps de toute dernière minute lui évitera le grand saut qui fut fatal à la cordée.

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Dans la voie des fondeurs (Aup du Seuil - Chartreuse)
Collection Rebreyend

Une séance de glace aux Bossons faillit aussi se terminer tragiquement. « J’perdais mon sang comme un cochon, dira Alain l’œil rigolard, heureusement que les secours ne sont pas arrivés cinq minutes plus tard… sinon j’étais cuit ! ».

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A l’ouverture de la voie des fondeurs (Aup du Seuil - Chartreuse)
Collection Rebreyend

Parcourant le monde durant l’hiver dans le sillage des équipes, on se doute bien qu’il eut envie d’aller au delà des Alpes. Le Canada (à la fleur de lotus), les Etats-Unis (au Nose), l’Afghanistan, le Népal (avec une tentative hivernale très poussée à l’Everest par le couloir Hornbein) virent passer notre infatiguable camarade. En ces temps bénis des eighties où les revues en pâmoison faisaient les yeux doux au moindre pipoteur, vous n’auriez jamais soupçonné que M. Rebreyend accumulât autant de sorties et d’expés.
Après les jeux de Calgary, il quitte la direction des équipes pour devenir conseiller technique départemental à la D.D.J.S. Alain conçoit un projet de développement de l’escalade moderne. Cette tâche l’occupera jusqu’à la retraite. Grimpant plus que jamais, il découvre, défriche, pioche, scie, équipe avec enthousiasme. Presles est son jardin et quasiment toutes les lignes ont vu passer ses semelles à défaut de son casque ! Tout cela ne se fit pas sans grincement de dents. A deux reprises son travail d’équipeur fut saboté par des imbéciles intégristes redresseurs de torts au petit pied. Alain en conçut beaucoup d’amertume et de tristesse, mais il n’est pas homme à geindre, son optimisme le pousse à regarder loin devant lui. Ça nous change de vieilles noix qui s’offusquent à la vue de la moindre plaquette.

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A Pierrot Beach (Presles)
Collection Y. Ghesquiers

Pour clore : le Rebreyend en cinq mots. Amitié : demandez aux gendarmes du P.G.H.M. ! Droiture : aucun pot-de-vin dans sa longue carrière !! Mais des canons oui. Gentillesse : avec tout le monde en général, avec les filles en particulier !!! Générosité : vous l’invitez au bistrot, il a réglé avant vous ! Energie : août 1994 – 15h – soleil écrasant – Bichon dans son nuage de poussière nettoie une voie. Vu ! Novembre 2000 – 15h – pluie froide – Bichon enchaîne une voie à la salle – A voir ! Pas de défauts ? Mais si. Couche-tard et lève-tôt ! « Ho ! les gars, j’ai fait le café ! » Il était 6h 45 et le soleil n’arrive à la falaise qu’à 10h, sympa… « Ici mieux qu’un rêve », « Tout en douceur », deux belles lignes d’Alain… Tout un programme.


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