Escalade en Dauphiné - France

Trilogie Grenobloise

Les 3 points G : Granier - Grand Pic - Gerbier
samedi 14 novembre 2009 par Patrice Bret

Le Récit

Dimanche 5 juillet

Grenoble. Trois heures d’enregistrement des bagages dans la cours intérieure de l’immeuble empêchent Scal d’embarquer dans l’appareil.
Rico et Pat se retrouvent alors à Poncharra à la recherche d’un autre vol qui réunirait le trio.
Il est 14 heures lorsque la petite équipe repart au complet depuis Chapareillan à bord des trois taxis MKB, NNUS et LABIERRE.
Ça mouline dur dans le col du Granier et ça chauffe les gambettes sur les sentiers raides. Ils ont décidé d’acheminer les 90 kilos de matériel et de nourritures sans l’aide des sherpas jusqu’au camp de base de l’écaille situé sur la vire centrale de la face nord du Granier.
La traversée de la ravine, qu’ils ont rééquipée avec des cordes fixes le mois dernier, procure à nouveau son lot de sensations fortes : une vire de schiste décomposé de quelques mètres de large, inclinée à 45°, le tout, crampons aux pieds à 1400 mètres d’altitude, vive l’été !
Sous l’écaille, il fait bon se sentir à l’abri du calcaire branlant. Tout près, un goutte à goutte salvateur évitera de traverser à nouveau la fameuse ravine.
Chambéry leur offre ses contours, puis ses lumières, la nuit va être excellente.

Lundi 6 juillet

Branle-bas de combat, il faut maintenant s’employer.
Ils attaquent « L’art dans l’ombre », une voie d’escalade artificielle de G. BOUQUET DES CHAUX et A. DROUET, une pensée pour toi Arnaud, ouverte en octobre 2002 et apparemment pas encore répétée.
La journée passe vite et l’obscurité revient. Trois longueurs sont fixées, Scal, Rico et Pat aussi.
Le rocher de la face nord du Granier se révèle à la hauteur de sa réputation. Des fissures terreuses difficiles à pitonner pour Rico, au funambulisme sur une écaille posée de 5 mètres carré pour Pat, jusqu’au joli vol de Scal sur les piles d’assiettes de la 3ème longueur. Le ton de l’aventure est donné et le combat s’annonce difficile…

Mardi 7 juillet

Ils quittent définitivement le camp de base de l’écaille, du moins l’espèrent-ils !
Les jumards reprennent du service et le hissage des sacs commence.
Au troisième relais (R3), il faut de nouveau grimper. Ah, cruelle courte paille !
Les longueurs s’enchaînent, doucement, jusqu’à R7, sous un surplomb où ils pensent bivouaquer.
Déçus ! La vire vaut à peine une demi étoile. Au moins ils sont à l’abri, et pour une fois, le rocher délité offre l’avantage de pouvoir se tailler au marteau.
Deux heures de maçonnerie plus tard, une plateforme de 50 centimètres de large pour deux personnes est née, le troisième fera de beaux rêves dans un hamac de paroi. Chambéry brille de mille feux.

Mercredi 8 juillet

Réveil difficile dans la brume de Chartreuse qui a du mal à se dissiper de cette face nord, mais le moral pointe au beau fixe puisqu’ils devraient sortir à la croix aujourd’hui.
Les difficultés s’atténuent quelque peu, le surplomb disparaît pour laisser place à des fissures cheminées humides. Bientôt 800 mètres de vide sous les pieds, puisqu’au 300 mètres de voie s’ajoutent 500 mètres de vire et de socle.
Un passage dans une surprenante grotte à chocards, une courte traversée à quatre pattes sur une vire pourrie dont ils ont maintenant l’habitude, et un petit surplomb les mènent jusqu’au sommet du Granier.
18 heures, pas un Népalais à l’horizon depuis trois jours, viennent alors de grands frissons.
1er point G, Granier.
Hip hop ils perdent de l’altitude, lentement puis à fond lorsqu’ils enfourchent leur monture pour retourner à Poncharra. Vive la descente !
Le contrôle des passeports se déroule sans encombres et c’est avec bonheur qu’ils vont profiter d’une bonne nuit de repos à l’hôtel Katmandu de Grenoble.

Jeudi 9 juillet

Les hôtesses sourient de leur chargement, et bientôt les habitants de St Agnès aussi, postés le long de la route du col des mouilles, en constatant la vitesse de progression de la troupe : maximum 5 km/h.
Du pré Marcel où la forêt abrite leur vélo, c’est à pieds qu’ils rejoignent le refuge Jean Collet où un accueil chaleureux et un repas copieux les attendent.

Vendredi 10 juillet

Du lever 3 heures, ils arrivent vers 6 heures sur le glacier de Freydane, au pied de la face nord-ouest du Grand Pic de Belledonne. Ils déposent le matériel de bivouac. En cas de progression trop lente, ils fixeraient alors quelques longueurs pour revenir dormir ici et terminer l’ascension le lendemain.
Mais tout se passera au mieux. Les deux ressauts franchis, ils attaquent la « Directe nord-ouest » par les longueurs clés d’escalade artificielle. Scal brille, Rico étincelle et Pat s’illumine.
Il fait froid, ils ne quitteront pas les doudounes de l’ascension.
Un petit pendule sur les pitons à expansion, posés en 1962 par les frères THOMAS et TOMIO, permet de franchir le dièdre noir et de grimper sur le pilier qui borde sa gauche.
Le gneiss gris noir auréolé de lichen rouge orangé dévoile toute sa splendeur et l’ambiance est vertigineuse lorsque le trio débouche sous la croix du Grand Pic.
17 heures, seuls au monde, encore de grands frissons.
2ème point G : Grand Pic de Belledonne.
A la descente, ils bivouaquent tout près du lac Blanc. L’endroit s’avère paradisiaque, un havre de paix si proche des lumières de la ville.

Samedi 11 juillet

Réveil 10 heures, sommeil réparateur. Ils retrouvent leurs taxis pour foncer à 70 km/h jusqu’à l’aéroport de Brignoud.
A Grenoble, on les attend avec une pancarte pour un barbecue parti à l’hôtel Katmandu.

Dimanche 12 juillet

Escale à Vif, oubli d’un bagage, mais la compagnie réagit vite pour le sauvetage du sac de Rico. Ensuite, toujours aussi lentement, ils progressent sur le col de l’Arzelier.
Depuis Prélenfrey, l’agence du col tenue par nos amis, les ravitaillent de 40 litres d’eau jusqu’au parking du bout de la route.
Une heure plus tard, Scal dilapide 15 litres d’eau dans les pentes au pied de la voie, dont il aura l’immense plaisir d’assurer le réapprovisionnement le lendemain.

Lundi 13 juillet

Réveil à 6 heures sur le sentier qui borde le pied de la falaise du Gerbier.
Rico et Pat se lancent dans « Clandestino », une voie d’escalade artificielle ouverte par T. CHOUVEL, A. FOURNEAU, C. et L.TALDU en octobre 2002, pendant que Scal exécute la corvée. Merci encore à Aurélien.
Retour de Scal, hissage des sacs, la triplette avance bien sur le splendide calcaire gris bleu du Gerbier. Rodée de huit jours de grimpe solidaire, elle atteint le septième relais 3 heures avant la nuit, là où le bivouac sur portaledge et hamac était prévu. 40 mètres d’un mur jaune déversant les séparent alors d’une grotte quatre étoiles.
C’est parti, tant pis pour le portaledge de JB qu’ils auraient bien voulu étrenner. Cela lui aurait fait plaisir. Une pensée à toi JB.
Même les spits spéléo qu’ils rencontrent depuis le début de la voie et qu’ils n’avaient pas prévus ne les empêcheront pas d’atteindre cette grotte.
Des plombs qui pètent (pas vrai Rico !), la solution se trouvera dans les goujons de 8 millimètres, emportés par hasard depuis le Granier, vissés à l’envers avec une plaquette dans la cheville en place.
Et hop, voila la grotte, elle vaut son pesant de saucisson, de fromage et de génépi. La nuit est magnifique, rayée des premiers feux d’artifices.

Mardi 14 juillet

Réveil en musique à 6 heures, c’est le grand jour.
10 kilos d’eau s’offrent un vol de 200 mètres puisque le trio devrait sortir au sommet aujourd’hui et non pas demain comme prévu au départ. Scal fulmine de son réapprovisionnement superflu.
Les longueurs d’escalade artificielle s‘enchaînent jusqu’à la vire de Prélenfrey. Une pensée pour le grand L. TERRAY qui finit sur ces pentes en septembre 1965 avec son compagnon de cordée M. MARTINETTI.
Scal grimpe en tête les trois dernières longueurs de libre faciles mais dangereuses, avec un petit sac. Rico et Pat suivront bien chargés mais sécurisés. De cette manière, ils éviteront un hissage pénible et évolueront toujours assurés.
17 heures, le sommet. Toujours plus de frissons.
3ème point G : Gerbier.
L’endroit est merveilleux, ils terminent la traversée des arêtes les yeux plongés au sud du Vercors, ils sont heureux de cette aventure au pas de leur porte…

10 jours, 3 massifs, 3 sommets, 3 voies ED, 3 grimpeurs et un impact carbone minime.
A chacun sa révolution !

Remerciements au magasin Bado Sport 2000 de Valence et à Millet.

Le tracé des voies

- L’Art dans l’ombre (Granier / Chartreuse)
L'Art dans l'ombre (Granier) : tracé de la voie {JPEG}
- Directe nord-ouest (Grand Pic de Belledonne)
Directe nord-ouest (Grand Pic de Belledonne) : tracé de la voie {JPEG}
- Clandestino (Gerbier / Vercors)
Clandestino (Gerbier / Vercors) : tracé de la voie {JPEG}


Vous trouverez le détail sur l’équipement des voies à la rubrique Equipement.


Portfolio

Approche du Granier L'équipe à Chapareillan Le sommet du Grand Pic de Belledonne
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