Nous commençons
une nouvelle rubrique dans Roc Infos, afin de mieux connaître les
personnalités du microcosme alpin local.
Sachez que votre plaisir de grimper, vous le devez bien souvent au
travail et à la clairvoyance d’un ouvreur, équipeur, organisteur particulièrement
actif, ces quinze dernières années, dans notre région.
Alain REBREYEND, « Bichon » pour les familiers, naquit à St Laurent
du Pont où sa mère exerçait le métier d’institutrice.
De sa Chartreuse natale, Alain héritera de deux choses : un incontestable
accent dauphinois et la passion du ski. Premier bouleversement et
il y en aura bien d’autres : le papa géomètre change d’orientation
professionnelle et monte une entreprise de chaudronnerie à Grenoble.
Alain, qui fréquente le collège puis le lycée Champollion, arrête
ses études à l’adolescence et rentre dans la vie professionnelle en
secondant son père. Parallèlement, il prépare plusieurs C.A.P. aux
cours du soir. Il ira même se parfaire à Paris. Un avenir d’artisan
qualifié puis de patron d’une P.M.E. semble la voie toute tracée.
Mais le personnage va décevoir les ambitions paternelles. D’abord
le ski de compétition fait découvrir à Bichon d’autres horizons, ensuite
vers l’âge de vingt ans, comme pour chacun à cette époque, c’est les
« classes » au 6ème B.C.A. et donc vingt neuf mois de la vie d’Alain
seront consacrés à la tristement célèbre pacification de l’Algérie.
C’est à l’armée qu’il rencontrera les amis qui lui feront découvrir
l’escalade. Au retour, il passera le diplôme de moniteur de ski.
Dès la bonne saison, il parcourt les classiques du Vercors et de la
Chartreuse et attaque la montagne par la « Rebuffat » à l’Aiguille
du Midi. Ouverte quelques années auparavant, la voie pas entièrement
pitonnée va poser de gros problèmes à la cordée néophyte. Bichon,
propulsé en tête de cordée par son compagnon, m’a confié qu’il se
demandait encore, comment il avait pu s’en sortir ce jour là. Le virus
a frappé. La passion de la montagne sera la plus forte et les ascensions
s’enchaînent si bien qu’Alain obtiendra en 1966 le diplôme de guide
en même temps que de célèbres personnages : Georges Nominé l’auteur
des « Chrysanthèmes » et de solos très engagés , François Guillot
grimpeur de pointe avant-gardiste (la Demande au Verdon), Jacques
Kelle (Tête d’Aval), Jean-Claude Marmier et ses hivernales sous l’uniforme.
Nous retrouvons Alain deux ans plus tard préparant avec Marc Giraud
(l’actuel directeur technique d’Autrans) les pistes de fond pour les
coureurs des jeux olympiques de Grenoble. Satisfait, le colonel Crespin,
ministre des sports, lui demandera de créer de nouvelles zones nordiques
dans les Savoies pour développer la pratique du ski de fond. La vie
sera donc rythmée sur deux temps. De novembre à avril le ski, surtout
le fond où il excelle (en style classique). Il entraînera l’équipe
de France féminine durant plusieurs années.
De mai à octobre, c’est le parcours en tous sens de l’Alpe.
Grâce à Paul Beylier, truculent alpiniste cinéaste, il se lie d’amitié
avec Gaston Rebuffat et entame une longue collaboration. Tantôt, il
emmène les clients de Gaston, tantôt, il participe à la confection
des célèbres films. Alain avouera presque vingt parcours de la face
sud de la Meije : le perfectionnisme de Gaston semblait parfois pesant.
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Alain a le
feu sacré, outre les itinéraires de grande envergure effectués avec
ses clients, il ouvre ses propres routes, dans les Dolomites avec
Livanos, dans les préalpes du Vercors et de la Chartreuse.
Hiver 1972, il prévoit de partir avec Nominé ouvrir un éperon de la
face nord de L’Aiguille du Midi. Un contretemps de toute dernière
minute lui évitera le grand saut qui fut fatal à la cordée.
Une séance de glace aux Bossons faillit aussi se terminer tragiquement.
« J’perdais mon sang comme un cochon, dira Alain l’œil rigolard, heureusement
que les secours ne sont pas arrivés cinq minutes plus tard… sinon
j’étais cuit ! ».
Parcourant le monde durant l’hiver dans le sillage des équipes, on
se doute bien qu’il eut envie d’aller au delà des Alpes. Le Canada
(à la fleur de lotus), les Etats-Unis (au Nose), l’Afghanistan, le
Népal (avec une tentative hivernale très poussée à l’Everest par le
couloir Hornbein) virent passer notre infatiguable camarade. En ces
temps bénis des eighties où les revues en pâmoison faisaient les yeux
doux au moindre pipoteur, vous n’auriez jamais soupçonné que M. Rebreyend
accumulât autant de sorties et d’expés.
Après les jeux de Calgary, il quitte la direction des équipes pour
devenir conseiller technique départemental à la D.D.J.S. Alain conçoit
un projet de développement de l’escalade moderne. Cette tâche l’occupera
jusqu’à la retraite. Grimpant plus que jamais, il découvre, défriche,
pioche, scie, équipe avec enthousiasme. Presles est son jardin et
quasiment toutes les lignes ont vu passer ses semelles à défaut de
son casque ! Tout cela ne se fit pas sans grincement de dents. A deux
reprises son travail d’équipeur fut saboté par des imbéciles intégristes
redresseurs de torts au petit pied. Alain en conçut beaucoup d’amertume
et de tristesse, mais il n’est pas homme à geindre, son optimisme
le pousse à regarder loin devant lui. Ça nous change de vieilles noix
qui s’offusquent à la vue de la moindre plaquette. |
     
Dans la voie des fondeurs à l'Aup du Seuil (photos collection
A. Rebreyend) - A Pierrot Beach (photo Y. Ghesquiers) |
| Pour clore :
le Rebreyend en cinq mots. Amitié : demandez aux gendarmes du P.G.H.M. !
Droiture : aucun pot-de-vin dans sa longue carrière !! Mais des canons
oui. Gentillesse : avec tout le monde en général, avec les filles
en particulier !!! Générosité : vous l’invitez au bistrot, il a réglé
avant vous ! Energie : août 1994 – 15h – soleil écrasant – Bichon
dans son nuage de poussière nettoie une voie. Vu ! Novembre 2000 –
15h – pluie froide – Bichon enchaîne une voie à la salle – A voir !
Pas de défauts ? Mais si. Couche-tard et lève-tôt ! « Ho ! les gars,
j’ai fait le café ! » Il était 6h 45 et le soleil n’arrive à la falaise
qu’à 10h, sympa… « Ici mieux qu’un rêve », « Tout en douceur », deux
belles lignes d’Alain… Tout un programme. |
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Yves
GHESQUIERS |
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