| [Le Verdon des années 60]-[Ferrailleurs lyonnais]-[La tentative du libre] | ||||||||||
| Merci à Bruno Fara de nous avoir communiqué ces informations. | ||||||||||
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La face est du Gerbier se découpe dans l'échancrure de la vallée, parfaitement
cadrée. En son centre, le fameux bouclier de dalles qui fit sa renommée.
En observant cette Civetta en miniature, on constate 400 mètres contre 1200
depuis le refuge Tissi, dont la différence se mesure en angoisse ! Prélenfrey et le Gerbier connaissent tristement la célébrité en septembre 1965, quand le jeudi 23 les secouristes grenoblois découvrirent, après trois jours de recherches, les corps de Lionel Terray et Marc Martinetti au pied de la voie l'Arc de Cercle, emmêlés dans la corde qui les avait liés jusque dans la chute. L'un des plus grand guide de l'époque venait de perdre la vie sur un sommet anonyme, que beaucoup confondaient sans doute avec les sources de la Loire, dans une voie "extrême" pour l'époque. Les montagnards découvraient soudain que la barrière est du Vercors offrait des challenges redoutables et exaltants. Déjà depuis dix ans, quelques ténors de l'époque, les Paragot, Bérardini, Duplat, Vignes, Seigneur avaient bien senti que l'entraînement dans ces faces permettrait les exploits à venir, en transférant les techniques élaborées chaque week-end sur les grandes faces des Alpes. Les Français avaient le Vercors à défaut de Dolomites. A ce sujet, le Chambérien Serge Coupé fut visionnaire. C'était l'un des meilleurs rochassiers de son époque, justement celui qui avait ouvert en mai 1960 l'Arc de Cercle. Entre 1950 et 1960, Coupé fait ses armes du côté du mont Aiguille et des Deux Soeurs. Le Gerbier est moins fissuré et présente des lignes de faiblesses peu évidentes. Seules les vires à gauche du bouclier permirent en 1927 à Mischler et Toscano de vaincre la face est, puis ce versant est resté oublié pendant 25 ans. Ce n'est qu'entre 1951 et 1957 que quelques alpinistes, (dont Marc Pourtier... celui de la voie des Buis à Presles), commencent à ouvrir quelques variantes. |
En cette fin des années 60, d'autres voies seront équipées,
le Pilier gauche de la Double Brèche par Seigneur et Mlle Romersa en 1964,
la Fissure Oblique à gauche du Bouclier par Jager et Paris en 1966. Mais
contrairement à Serge Coupé, les auteurs de ces itinéraires ne laissaient
rien en place... Ces voies ne connurent jamais la notoriété des autres
grandes classiques... Les années 70 voient soudain débouler sur le sentier
du périmètre l'équipe, que dis-je, la horde des " ferrailleurs lyonnais
", comme nous baptisa ironiquement François Labande. A contre courant,
il militait contre l'emploi du piton à expansion... J'en conviens, nous
avons, à une époque, abusé de ce subterfuge pour tracer quelques voies.
Dans cet esprit résolument tourné vers le piton à haute dose j'ai remarqué
un surplomb monstrueux en face ouest du Cornation, avec le compagnon de
mes débuts Jean-Marcel Chapuis. Nous venions de découvrir un challenge
à la mesure de nos ambitions. A l'étape suivante, ce fut la voie des Tichodromes.
En août 1975 le mauvais temps à Chamonix nous rapatria à Prélenfrey, en
compagnie de Jourjon et Chazalet, nous avons réalisé ce chantier : 10
bivouacs (dont 7 en hamacs), pour 11 jours d'escalade ! Le nombre
de bivouacs pour vaincre une falaise semblait à nos yeux une valeur (degré
de l'entêtement et de l'obstination), comme plus tard la vitesse d'exécution
sera la valeur, la référence. Pour notre équipe, ces "voyages" soudèrent
notre amitié. Il en reste deux belles balades d'artif, équipées à demeure
dans ce Bouclier du Gerbier. En 1983, ce sera Décennie en Spits Majeurs,
nom évocateur... Cette voie, réalisée avec Daniel Lacroix (dit Javel)
et Gilles Persia, est la plus intéressante. Elle sort pile au point géodésique
marquant la cote 2 109 mètres du sommet du Gerbier (c'était aussi la mode
des directissimes). Dans un autre registre de difficulté, les Stéphanois
réalisent en 1971, à gauche du bouclier classique, une voie de haute difficulté
en artif classique (seulement 12 expansions). En compagnie de Faure, Bourley
(dit Virus) et Brière, Roger Raymond, le leader de l'équipe, vient à bout
de ce challenge. Roger Raymond, injustement méconnu, fut pourtant l'un
de ces amateurs au palmarès exceptionnel. Son compagnon en hivernales
à l'époque, un certain Pierre Beghin, réalisera en 1973 la deuxième ascension,
avec une sortie directe. En 1974 Diaferia, Crétin, Rebreyend et Rebuffet
réalisent Les Écureuils, une belle voie de libre. Puis j'ouvre, du 10
au 12 septembre 1977, la Tangente, (elle touche l'Arc de Cercle ... ),
avec Lacroix et Chapuis. Un peu d'artif à l'origine mais aussi du libre:
elle a été réalisée avec uniquement trois points d'A0. |
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Au milieu des années 80 les mentalités changent, l'artif
(surtout avec des expansions) devient honteux et le libre devient la mode
incontournable... Pas de chance, le Gerbier ne présente pas franchement
un calcaire idéal, même si je fais un peu de résistance en équipant Aujourd'hui
Comme Hier en 1984 avec Renée Guérin... La cordée Jacques Carles?François
Petiot semblait continuer dans cet esprit. Ils auront juste le temps de
réaliser Cardiaque en 1984 et Coran Alternatif en 1986... Si un accident
de delta n'avait pas été fatal à Petiot, sans doute qu'ils auraient poursuivi
le relookage de cette face est du Gerbier ! En quelques années elle tomba
dans l'oubli au profit du Verdon et de Presles. Depuis 1995 Leslie Fucsko
et ses compagnons palenchons (habitants de Prélenfrey), commencent à rééquiper
les classiques à leur frais. Quelques Grenoblois, sous l'impulsion du
Comité départemental de l'Isère, s'impliquent aussi dans ce travail. Les
rééquipeurs respectent le nombre de points d'origine, l'utilisation des
coinceurs est donc souvent nécessaire. Le vent du modernisme souffle dans
la bonne direction, mais il reste un travail de titans, les voies Aujourd'hui
Comme Hier, Tangente, Yohan, Maillard, seraient toutes de belles classiques
avec un bon nettoyage (l'herbe cache souvent les prises). Le seul aspect
qui me semble discutable (même si j'en suis le précurseur), concerne les
rappels dans les voies. Je reste sur l'idée que le Gerbier est une montagne,
et franchir son sommet est une démarche importante. Mais je laisse la
place au rêve en affirmant qu'il est possible d'ouvrir de nouvelles lignes.
Aucun problème pour de l'artif extrême ou du libre. D'ailleurs, Leslie
Fucsko, P Joffre, D. Josset, V. Deriat, et J.C Sanchez ont équipé deux
petites voies à l'extrême droite de la face : Joss Hé (6c, 6a obligatoire)
et Papy pas Cool (7a/b, 6c obligatoire), Stéphane Bauzac tracé une ligne
proche du pilier Clément et JeanMarie Choffat est responsable d'une voie
dans Les Sultannes (Chronique d'une mort annoncée). Même avec ce dernier
nom de voie. le chapitre "Et demain" reste à écrire... par les jeunes. |
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